Ferréol

Ah, c'est beau la vie.

Episode 112 – Déjeuner chimérique avec Miss Pécresse

L’histoire de ces déjeuners c’est qu’ils sont d’abord une histoire, une histoire évaluée à trois pour cent de réalité et quatre-vingt-dix-sept pourcent d’imagination qui ne demandent qu’à devenir réels.

J’étais à l’heure. C’est un fait rarissime qu’il faut cependant souligner. J’ai demandé au serveur de nous placer en haut. « Nous serons deux ». Il fallait que l’on soit tranquilles, c’est le problème de tout déjeuner avec une personnalité : éviter de se confronter aux « Attends mais c’est elle non ? Tu sais…, regarde, elle n’est pas jolie en vraie, non ? Tu as vu sa dernière sortie ? Et la couverture de match la semaine dernière ? … à quelle heure on mange ? ».

Nous étions à l’Enoteca, très bon petit restaurant dans le quatrième arrondissement. Sans prétention donc, si ce n’est sur les prix pratiqués. Je n’ai pas attendu Valérie. Elle m’a envoyé : « Réunion qui dure. Installes toi. Je quitte Bercy. V.P. ». Heureusement que j’avais choisi ce petit restaurant non loin du ministère. Faute d’arriver à l’heure aux rendez-vous, je déteste attendre. Je m’étais déjà fait inviter ici, cette fois je décidais de manger léger, je n’aime pas les déjeuners épicés, je me réserve pour le diner.

Là ça ne risquait pas d’être épicé. J’ai levé la tête, Valérie sortait de la 606 teintée, un coup de main dans les cheveux pour replacer la mèche. Je fis de même. Elle s’installa après une poignée de main chaleureuse. Bonjour Madame la ministre, « On a qu’à faire avec les prénoms, non ? ». Ok Val ! Oups, Valérie. Elle clignait déjà sans cesse des yeux, pour faire le chat, respectant ainsi la découverte de Yann Barthès. Moi qui pensais que les projecteurs des plateaux télés étaient responsables.

Serveur en approche. Cartes en main. Choix léger m’étais-je dit, je m’élançais pour des lasagnes fraiches, « la même chose » dit-elle. Je déteste que l’on choisisse la même chose que moi, ça commençait donc bien. « De l’eau », pour faire simple. « Jamais le midi » disait-elle. On commença par parler de la personne qui nous avait mis en relation « Gentil, généreux, certes un peu prétentieux mais j’ai apprécié bosser avec », j’acquiesçais, non sans ignorance de la chose. Main dans les cheveux (pour elle). Puis mon tour, main dans les cheveux (pour moi donc). On parla des études. Je suis ses traces, c’est plutôt amusant. Sauf, qu’elle, était brillante. Une bosseuse, une vraie « J’avoue ». De celles qui restent enfermées pour travailler, au risque des moqueries des autres camarades. Un animal « Tu es dur là ! » qui bosse et reste les yeux rivés sur sa proie, et pour preuve : première à HEC, deuxième à l’ENA. Deuxième ? Le plus grand échec de sa vie, « Pfff, clairement non ! » pouffe-t-elle. Le serveur se ramène, ose demander lequel de nous deux a commandé les lasagnes… Moquée pour sa capacité de travail, elle le restera. Un handicap ? « Je ne le crois pas », une barrière ? « Peut-être ». Longtemps considérée comme la protégée de Chirac elle se défend. Je lui raconte mes récrés de cour d’école quand le fils de son cousin, mon meilleur ami, me racontait « Tu sais, la cousine de Papa va devenir ministre si machin démissionne ». « Marrant que tu le connaisses ». On a une ville en commun avec Valérie, ce n’est pas rien. Ministre ? Elle a refusé à plusieurs reprises avant de se lancer, « C’est vrai, je le reconnais ». « Et toi alors ? » me dit-elle. Heeiin ? Moi ? Euuh ? Rire nerveux, comme toujours. Elle rit de mon rire, déjà ça de pris, point de départ de cinq minutes qui me seront consacrées.

Je la regarde m’écouter, très jolie femme. Elle a ce regard attentif des politiques en écoute, ce truc dans l’œil aussi qui dit « Attention je mords ». Pas de faux pas donc. Nous ne parlerons donc pas politique, je n’en demandais pas tant. Ainsi, on survole le cas ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Encore plus celui du budget, sujet sensible. « Nicolas 2012 » nous occupe deux minutes, pas plus. « Elle y croit, c’est tout ». « Valérie 2017 » ne l’occupe pas, il parait. Je décèle quand même la remise en place de mèche et le fait qu’on y reste plus que deux minutes. « Jean-François 2017 » n’a franchement pas l’air de l’intéresser, clignement d’œil et coup de mèche.

Avec un brushing pareil, on fait un détour beauté pour parler d’Ellnet, sa meilleure amie que je vois dépasser de son sac à main, qui je l’informe fête un anniversaire cette année, « Ah bon » me répond-elle l’air désintéressé. Elle n’est pas chaude pour parler beauté, moi non plus d’ailleurs… Remarque, je lui aurais bien parlé de la nécessité de revoir chez elle certains tailleurs, mais elle esquive « Je n’ai pas le temps de faire trop attention, tu sais ». On parle tout de même de son brushing volé à la Chazal « je fais beaucoup moins attention qu’elle, surement ». Ça se voit, oui mais elle fait de la télé. L’arrogance d’une blonde, elle assume si ce n’est que sans parler d’ « arrogance » elle parle du « résultat d’un chemin éprouvant », beau.

J’ose lui demander si elle n’a pas un vieux dossier DSKien dans les placards « Je ne crois pas » rit-elle. J’espère pour elle, dommage de voir la Chazal « Encore elle ! » gâcher une carrière en dix minutes à heure de grande écoute. « J’ai fait attention ». Enfance modèle, éduquée chez les filles coincées de Sainte Marie de Neuilly, elle assume, elle en rit, aussi et me renvoie injustement la balle. On rigole, je ne l’aurais pas cru. A l’eau, en plus ! On est loin de l’image télévisuelle.

On passe un moment sur les clichés Versaillais, ville à laquelle elle s’est attachée, ce que moi je refuse ! On critique ce qui se cache sous les robes à Smockes, mocassins Tod’s, polos Ralph et autres serre-tête Cyrillus. On partage nos souffrances et ces pratiques devenues insupportables, enfants de « versallos ». « Yoss », je lui apprends l’expression. Elle se marre, encore. Les yeux rivés sur sa montre Hermès, on ne se refait pas !

Le temps, donc. Une notion Pécressienne. Il faut dire que la dame arrive à jongler entre des obligations professionnelles et familiales. Deux enfants au compteur de ce que je sais. J’ai oublié de regarder la fiche Wiki avant le déj’. Il parait qu’ils s’amusent au lycée Hoche, dit-on. Le temps, « J’en prends la mesure, oui ». Elle est patiente la Valérie et du temps elle en accorde très peu à la polémique, une bosseuse oui, une vraie. Prétentieuse ? « Non ». Difficile pourtant dans un gouvernement inEnarque. Elle sourit de la formule, la conteste, un peu seulement. Un dessert ? « Non, je ne suis pas très gourmande, mais je t’en prie ». Une bosseuse je vous disais. Un animal qui reste les yeux rivés sur sa proie vous disais-je, 2017, surement. On avait peu parlé du ministère du budget mais l’addition, « C’est pour moi » dit-elle. Je la remercie,  finalement, plus chaude qu’au début, on s’embrasse, et là l’odeur mythique de « Ellnet », sa meilleure amie.

2 Commentaires»

  L’Indépendant du 4e wrote @

Tu mets à me concurrencer sur mes terres ! Le 4e arrondissement c’est mon fief ;)

Emmanuel D.

  Clément Féréol wrote @

Je te le laisse :-)
Sauf l’ile saint louis.


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