Episode 58 – Le Père Ludovic, sa plume invitée du blog “Seigneur, apprends-nous la vraie mesure de nos jours ; apprends-nous la vraie mesure de ce que nous possédons ; apprends-nous la vraie mesure de nos projets.”
Il est devenu la nouvelle raison de se lever le dimanche matin. Oui, nous connaissons tous le mythe du prêtre âgé, celui qui cherche ses lunettes, prend son temps, trébuche sur les mots… et qui finalement laisse flamber le roti au four. Stop, ici c’est différent.
le père Ludovic est prêtre depuis sept ans, il achète son vin de messe chez Hyper U, il sait être drôle quand il le faut… (Si je continue la description sachant qu’à l’heure qu’il est il doit être midi passé en Australie, ça ne va plus avoir de sens). En parlant de l’Australie il fut l’organisateur de notre délégation…
Le Père Ludovic a réussi à me faire écouter une homélie de A à Z (non sans moment d’inattention tout de même). Ce dimanche, j’ai été très attentif et étonné et je vous livre ici son homélie qu’il a bien voulu partager avec vous :
Homélie du 28e dimanche Temps Ordinaire.
Par le Père Ludovic Frère
Le livre de la Sagesse et la lettre aux Hébreux viennent de nous offrir des paroles bouleversantes. La première lecture est un appel à rechercher la sagesse plus que tout autre trésor : « je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres ; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ». Une sagesse plus précieuse que le pouvoir, une sagesse plus précieuse que les richesses terrestres ; cette Sagesse éternelle porte un nom : c’est Jésus-Christ en personne.
La deuxième lecture, quant-à-elle, nous révèle où cette Sagesse éternelle s’exprime avec toute sa puissance : c’est dans la Parole de Dieu, qui est « vivante (…) énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ». Cette Parole Vivante et énergique porte un nom : c’est Jésus-Christ en personne.
Quand on a découvert dans le Christ une telle sagesse et un tel trésor, est-ce pour les étouffer, les enfouir en-dessous d’autres préoccupations, d’autres richesses ? C’est tout l’enjeu de l’Evangile de ce dimanche.
Voici un jeune homme riche (ce qui ne l’empêche bien sûr pas de chercher la vérité ni de vouloir être juste dans la vie) ; ce jeune homme, le Christ va lui proposer de répondre à une vocation. Et, ce faisant, il va le confronter aux différentes richesses et priorités qui bataillent en son cœur. Ainsi, après avoir entendu que ce jeune homme est fidèle aux commandements, le Christ veut le faire aller plus loin : « une seule chose te manque : viens et suis-moi ».
Car la foi en Jésus-Christ n’est pas d’abord – ni même surtout – une fidélité à des règles ; elle n’est pas non plus qu’une sagesse bien séduisante ou une parole sur Dieu qui serait fort convaincante. La foi chrétienne, c’est un acte de confiance en Dieu qui se manifeste dans une décision radicale et « transformante » : celle de suivre Jésus-Christ, le suivre dans ses gestes de charité et de service, le suivre dans le don de lui-même, le suivre sur la croix pour espérer le suivre dans la sortie du tombeau.
Et c’est pour cela que le jeune homme riche se détourne. Suivre les commandements, il était prêt à le faire, il l’avait même déjà fait : « j’ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse », dit-il sans orgueil. Quelle vertu ! Qui d’entre nous peut affirmer avec autant de conviction avoir observé tous les commandements depuis sa jeunesse ? Ce jeune homme est vraiment quelqu’un d’exceptionnel, et l’on peut voir une pointe d’admiration dans le regard aimant que Jésus pose sur lui.
C’est certainement un jeune homme comme il faut, très respectable, soucieux de ne pas enfreindre la loi. Et pourtant, sa fidélité est-elle portée par l’amour de Dieu ou par le désir d’être parfait ? Ou encore : est-il fidèle aux commandements comme conséquence de sa relation vivante au Seigneur, ou comme assurance qu’il va ainsi gagner le ciel ? Ou encore : respecte-t-il les commandements par amour de son Dieu ou par peur de Dieu ?
C’est pour l’aider à faire la vérité sur ses motivations, et donc sur ce qui habite profondément son cœur, que le Christ va proposer au jeune homme riche un saut dans l’inconnu : « viens et suis-moi ». Il lui demande non plus seulement de respecter des lois, même venues du Dieu tout-puissant ; mais de le suivre, Lui Jésus, le Christ.
Et là, c’est la déception. Le jeune homme ne dit plus un mot ; il devient sombre et s’en va tout triste… Suivre des lois, il est capable de le faire, avec courage et persévérance. Les 10 commandements ont d’ailleurs quelque chose de fort raisonnable à vues humaines : ne pas tuer, ne pas voler, respecter les autres, tout cela, c’est finalement très logique ou ça devrait l’être. Mais suivre le Christ, c’est un saut dans l’inconnu, c’est quitter les richesses maîtrisables et quantifiables de cette terre pour reconnaître une autre richesse, celle du Sauveur.
Pour bien marquer ce que ce saut a de déraisonnable, Jésus demande ainsi au jeune homme riche une folie : vendre tout ce qu’il possède, le donner aux pauvres, et se retrouver libre de tout pour Le suivre.
Ce n’est pas l’éloge de la pauvreté : jamais notre Seigneur ne dira à tous qu’ils doivent cesser de posséder des biens, sous peine de mériter l’enfer. Jamais le Christ ni l’Eglise à sa suite ne diront qu’il est mauvais de se faire plaisir ni de s’offrir des vacances ou même une belle voiture, une belle maison, si ça nous plaît. Jamais le Christ ne prétendra que c’est un manque de foi, pour des parents, de penser à l’avenir, aux études des enfants et à leur bien-être.
Jésus ne fait l’éloge de la pauvreté ; sinon, il faudrait cesser d’aider tous ceux qui sont pauvres, puisque nous mettrions leur âme en péril ! Non, ce que le Christ veut faire comprendre au jeune homme riche, c’est qu’en le suivant, il va forcément rentrer dans une autre échelle des valeurs, un bouleversement même, dont la Vierge Marie s’était déjà fait l’écho dans le magnificat, annonçant le Sauveur qui « renverse les puissants de leurs trônes, élève les humbles, comble de bien les affamés et renvoie les riches les mains vides ».
Le jeune homme de l’Evangile est appelé à entrer dans ce bouleversement, sans quoi sa foi et sa fidélité aux commandements ne seront que des actes extérieurs. Pour entrer dans la folie de Dieu plus sage que les hommes, Jésus demande au jeune homme de tout quitter ; à d’autres, il demandera d’autres choses, il proposera d’autres chemins de vocation et de sainteté. Mais quoiqu’il en soit de l’appel lancé par le Christ, ce sera toujours, en tant que fidélité au crucifié, folie aux yeux des hommes.
Car Dieu est infiniment déraisonnable aux yeux de chair. L’amour, le pardon, le don de soi jusqu’à mourir, tout cela n’est pas raisonnable ! Mais c’est le projet de Dieu !
Alors, nous comprenons bien que suivre le Christ, c’est nécessairement faire nôtre cette folie de Dieu, cette folie du don de soi. Et comment se donner soi-même sans donner ce que l’on possède ? Jésus ne condamne pas le jeune homme pour sa richesse ; ce qu’il regrette, c’est son attachement à son argent qu’il peut compter, plus qu’à son Dieu, qu’il ne peut pas toucher, ni placer en banque.
En choisissant d’être raisonnable à vues humaines, le jeune homme s’en va finalement tout triste. Il a préféré sa sagesse comptable plutôt que d’accueillir la folie de Jésus-Christ comme la Sagesse éternelle. Il connaissait pourtant ces paroles sur la sagesse divine, que nous entendions en 1e lecture, nous révélant que, devant une telle sagesse, « l’argent sera regardé comme de la boue ».
Mais le jeune homme de l’Evangile reste crispé sur son argent : il ne considère pas sa fortune comme de la boue, il pense que c’est son vrai trésor, alors même qu’il vient de croiser le chemin de Celui qui est le Trésor éternel, Jésus-Christ, le Sauveur !
Nous n’avons peut-être pas tous de grands biens comme ce jeune homme de l’Evangile. Mais nous avons certainement tous des richesses, des objets, des plaisirs, que nous ne regardons pas toujours comme de la boue ; non pas pour les diaboliser, mais pour les relativiser, pour ne pas y placer notre cœur ; car « là où est ton trésor, là aussi est ton cœur ».
Si nous avons du mal à prendre cette distance avec les choses matérielles – mais aussi avec notre apparence, notre réputation, notre orgueil – reprenons les paroles du psaume que nous entendions tout à l’heure : « apprends-nous, Seigneur, la vraie mesure de nos jours ». Ne laissons pas les soucis ou les choses matérielles nous faire perdre la vraie mesure, la vraie réalité de notre vie ! Et la vraie mesure de nos jours, c’est nous convaincre que l’essentiel de la vie n’est pas dans l’épaisseur du portefeuille. La vraie mesure de nos jours, c’est de bien percevoir qu’ils sont courts, qu’ils passent vite, les jours sur cette terre, mais que nous sommes appelés à bien plus grand.
Alors, quel que soit notre âge, le jeune homme de l’Evangile, c’est chacun d’entre nous. Chacun qui reçoit cet appel pressant du Christ : « viens, suis-moi, et tu auras bien un trésor dans le ciel ». Tous nos autres trésors, nous ne les emporterons pas dans la tombe.
Que cette Eucharistie nous aide à ne pas nous attacher aux choses matérielles pour nous faire préférer le seul vrai Trésor qu’est Jésus-Christ ; un trésor dont les richesses se déploieront toujours plus en adoration véritable, en charité désintéressée, en communion avec tous nos frères.
Prenons le temps, au cours de cette messe, de nous demander vraiment si, pour nous, Jésus-Christ est un trésor. Et même plus : s’il est le grand Trésor. Serions-nous prêts, s’il nous le demandait, à ne Lui préférer ni notre maison, ni notre voiture, ni notre portefeuille ? Serions-nous prêts à tout lui donner, s’il nous le demandait ?
Si nous sentons un malaise à répondre positivement, alors, demandons humblement au Seigneur, dans la prière, demandons les uns pour les autres, la grâce de savoir discerner les vrais trésors, ceux qui dureront éternellement, pour reconnaître ceux qui finiront un jour,
et desquels nous sommes de simples gestionnaires, jamais des propriétaires.
Seigneur, apprends-nous la vraie mesure de nos jours ; apprends-nous la vraie mesure de ce que nous possédons ; apprends-nous la vraie mesure de nos projets.
Donne-nous vraiment foi en Toi, le Trésor éternel. Amen.
Si vous êtes arrivés au bout. Bravo!
N’hésitez pas à réagir.



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